Le gouvernement chiffre à 5,5 milliards d’euros la contribution des retraités au redressement des comptes. Elle passe par une revalorisation partielle des pensions et par un abattement fiscal plafonné à 3 000 euros par foyer. Les actifs, eux, n’attendent plus grand-chose du système.
À 36 000 euros de pensions par an, un retraité célibataire paierait 180 euros d’impôt de plus. À 40 000 euros, 300 euros. Au-delà de 44 390 euros, 432 euros pour un foyer imposé à 30 %. Ces montants, calculés par le comparateur Selectra, découlent d’une seule ligne du projet de loi de finances pour 2027 : le plafond de l’abattement de 10 % sur les pensions, aujourd’hui de 4 439 euros, tomberait à 3 000 euros.
Présenté le 1er octobre, le budget demande aux retraités 5,5 milliards d’euros, dont 4,1 milliards au titre d’une moindre revalorisation des pensions et 1,4 milliard par la fiscalité. Le ministre du Travail et des Solidarités, Jean-Pierre Farandou, a résumé la ligne officielle dans un entretien à Challenges, le 30 septembre : « Nous ne baisserons aucune retraite. La question est de savoir de combien nous les augmenterons. » Les pensions concernées suivraient moins vite les prix, qui ont progressé de 3 % sur un an en septembre selon l’estimation provisoire de l’Insee (Institut national de la statistique et des études économiques).
Un seuil, deux paliers et un décret
Le mécanisme figure dans le projet de loi de financement de la sécurité sociale (PLFSS). Les pensions seraient revalorisées intégralement au 1er janvier 2027 jusqu’à 1 260 euros par mois, soit 85 % du salaire minimum. D’après MoneyVox, qui cite le texte, le seuil s’apprécie sur la pension totale, régime de base et complémentaire confondus, mais seule la pension de base serait sous-indexée. Deux zones de lissage sont prévues, de 1 260 à 1 281 euros puis de 2 000 à 2 034 euros, et les taux applicables seraient fixés par voie réglementaire.
Le minimum vieillesse resterait indexé sur l’inflation. « Les modalités précises de cette sous-indexation devront néanmoins être confirmées au cours de la discussion parlementaire », écrit Philippe Crevel, directeur du Cercle de l’Épargne. Les complémentaires du privé ne dépendent pas du budget : le conseil d’administration de l’Agirc-Arrco, le régime complémentaire des salariés, se réunit le 14 octobre pour fixer la revalorisation du 1er novembre.
Côté impôt, le plafond de 3 000 euros s’applique par foyer fiscal et non par personne. Il commencerait donc à jouer dès 30 000 euros de pensions annuelles pour le foyer, contre 44 390 euros aujourd’hui. Toutsurmesfinances évalue à 4,6 millions, sur 13,4 millions de foyers de retraités, le nombre de ceux qui paieraient davantage. La mesure aurait un effet de second tour : en relevant le revenu fiscal de référence, elle peut faire changer de taux de contribution sociale généralisée (CSG).
Les actifs ont déjà fait leurs comptes
Le débat arrive devant une opinion peu confiante. Selon l’Observatoire des solidarités intergénérationnelles réalisé par l’Ifop pour l’association d’épargnants ASAC-FAPES, 8 % des actifs font entièrement confiance au système de retraite pour assurer leur futur niveau de vie. 34 % lui font plutôt confiance mais jugent prudent d’épargner en complément, et 41 % ne lui font pas confiance. Chez les 25-34 ans, 48 % disent ne pas lui faire confiance du tout.
L’inquiétude culmine avant le départ : 79 % des 50-64 ans se disent préoccupés par la préparation financière de la dernière partie de leur vie, contre 66 % des 65 ans et plus. L’enquête a été menée en ligne du 26 au 31 mars 2026 auprès de 1 000 personnes, donc avant les annonces budgétaires.
Les syndicats ont réagi dès le 1er octobre. La Confédération française démocratique du travail (CFDT) parle d’un projet « déséquilibré », la Confédération générale du travail (CGT) le juge « dangereux ». Pour la Confédération française de l’encadrement (CFE-CGC), la sous-indexation « casse le système à deux étages », puisque la pension de base serait revalorisée en fonction du montant de la complémentaire. Romain Ganneau, directeur général de Silver Valley, un réseau d’entreprises de l’économie des seniors, déplace la critique : « Le débat budgétaire réduit une fois de plus le vieillissement à un problème de retraites et de santé. » Il rappelle que les plus de 50 ans pèsent près de la moitié de la consommation des ménages. L’examen du budget commence le 13 octobre dans l’hémicycle, la veille de la réunion de l’Agirc-Arrco.